La France propose plusieurs dispositifs de financement public destinés aux entreprises innovantes. Toutefois, peu d’entre eux sont conçus pour des projets exigeant plusieurs années de recherche-développement, des budgets de plusieurs millions d’euros, des démonstrateurs industriels et une coopération entre entreprises et organismes de recherche.
Le dispositif i-Démo de France 2030 répond précisément à ce besoin.
i-Démo soutient des projets ambitieux de recherche, de développement et d’innovation qui ont dépassé le stade initial de la validation de principe, mais qui ne sont pas encore prêts pour une production commerciale à grande échelle. Il peut financer des projets individuels portés par des PME françaises ainsi que des projets collaboratifs plus importants associant des entreprises, des laboratoires, des universités, des centres techniques et des partenaires industriels.
Le dispositif se situe donc entre le financement de l’innovation à un stade précoce et le déploiement industriel à grande échelle. Il ne s’agit pas simplement d’une version plus importante d’i-Nov. Les seuils financiers, la durée des projets, la structure du financement et les exigences concernant les retombées économiques, technologiques et industrielles en France sont différents.
Au 22 juillet 2026, le cinquième appel à projets générique i-Démo est toujours ouvert. La date limite définitive de dépôt des candidatures est fixée au 9 septembre 2026 à 12 heures, heure de Paris.
Qu’est-ce qu’i-Démo ?
i-Démo est un dispositif de France 2030 administré par Bpifrance pour le compte de l’État français. Il vise à soutenir des projets structurants de recherche, de développement et d’innovation susceptibles de produire de nouveaux produits, services, technologies, procédés industriels ou modèles d’organisation.
Le dispositif est particulièrement adapté aux projets qui nécessitent encore d’importants travaux techniques avant leur commercialisation. Il peut s’agir de développer un prototype de grande dimension, de valider une technologie dans un environnement représentatif, de construire une ligne pilote, de créer un démonstrateur industriel ou préindustriel, ou encore d’intégrer plusieurs technologies dans un système complet.
Un projet adapté à i-Démo associe généralement une forte ambition technologique à une stratégie crédible d’accès au marché. Les autorités publiques ne cherchent pas seulement à déterminer si l’innovation proposée présente un intérêt scientifique. Elles veulent également savoir si elle peut créer de la valeur économique, renforcer les capacités industrielles françaises, générer des emplois qualifiés, réduire les dépendances stratégiques et contribuer à des objectifs environnementaux ou sociaux.
i-Démo est donc l’un des dispositifs les plus exigeants de France 2030. L’entreprise doit démontrer que le projet est véritablement innovant, qu’il comporte des risques techniques, qu’il repose sur un financement crédible, qu’il répond à un besoin commercial et qu’il présente un caractère structurant.
L’appel à projets i-Démo 5 actuellement ouvert
L’appel à projets en cours est officiellement intitulé i-Démo Générique n°5 : soutien aux projets structurants de recherche, de développement et d’innovation.
Il a été ouvert le 22 octobre 2025. Plusieurs dates intermédiaires de dépôt avaient été prévues, mais elles sont désormais dépassées. Pour les nouveaux candidats, la seule échéance restante est la clôture définitive du 9 septembre 2026.
La durée prévue des projets est généralement comprise entre 36 et 60 mois. Cette période est nettement plus longue que celle de nombreux appels à projets destinés aux PME innovantes. Elle correspond à l’ampleur des difficultés techniques et industrielles que le dispositif cherche à résoudre.
Tableau 1. Principales conditions de l’appel à projets i-Démo 5
| Condition | Exigence actuelle |
|---|---|
| État de l’appel à projets | Ouvert au 22 juillet 2026 |
| Date limite définitive | 9 septembre 2026 à 12 heures, heure de Paris |
| Durée habituelle du projet | De 36 à 60 mois |
| Seuil d’un projet individuel | Plus de 2 millions d’euros de dépenses totales admissibles |
| Seuil d’un projet collaboratif | Plus de 4 millions d’euros de dépenses totales admissibles |
| Candidat individuel | PME immatriculée en France |
| Coordonnateur d’un consortium | Une entreprise |
| Taille du consortium | En principe, six partenaires au maximum |
| Forme du financement des entreprises | Subvention associée à une avance remboursable |
| Principales activités financées | Recherche-développement, développement expérimental, projets pilotes, prototypes et démonstrateurs |
Une distinction essentielle concerne la taille minimale du projet. Un projet individuel porté par une PME doit normalement dépasser 2 millions d’euros de dépenses admissibles. Un projet collaboratif doit dépasser 4 millions d’euros.
Cette différence est parfois négligée dans les guides de financement non officiels, qui présentent à tort le seuil de 4 millions d’euros comme une exigence applicable à toutes les candidatures i-Démo.
La place d’i-Démo dans France 2030
Le système français de financement de l’innovation comprend plusieurs dispositifs correspondant à différents stades de développement d’une entreprise et de sa technologie.
i-PhD favorise l’émergence de projets entrepreneuriaux issus de travaux doctoraux. i-Lab accompagne les chercheurs porteurs de projet et les jeunes entreprises fondées sur des résultats scientifiques. i-Nov soutient les PME innovantes qui mènent d’importants travaux de recherche-développement et de démonstration. i-Démo s’adresse à des projets plus importants et présentant un caractère plus structurant. Première Usine accompagne le passage à une première installation de production industrielle.
Le parcours peut être représenté de la manière suivante :
Recherche scientifique → validation de principe → création de l’entreprise → développement de l’innovation → démonstrateur de grande échelle → première production industrielle
Une entreprise n’est pas tenue de participer à chacun de ces dispositifs. Ceux-ci ne constituent pas non plus une chaîne de financement automatique. Cette succession permet néanmoins de comprendre le niveau de maturité attendu d’un projet i-Démo.
Un projet peut être trop précoce pour i-Démo si son principe scientifique central n’a pas encore été validé. À l’inverse, il peut être trop avancé si le besoin principal concerne désormais l’achat d’équipements courants et la construction d’une usine destinée à la production commerciale.
i-Démo correspond à la phase intermédiaire. La technologie est crédible, mais d’importants travaux de recherche-développement, d’intégration, de validation, de changement d’échelle ou de démonstration restent nécessaires.
Les candidatures individuelles des PME
Une PME immatriculée en France peut déposer seule une candidature i-Démo, sans constituer de consortium. Elle doit être capable de gérer un programme de recherche-développement important sur plusieurs années et de financer la partie du projet qui ne sera pas couverte par l’aide publique.
Une candidature individuelle peut être appropriée lorsqu’une seule PME détient ou maîtrise les principaux droits de propriété intellectuelle, possède l’équipe technique nécessaire, peut diriger l’ensemble des lots de travaux essentiels et dispose de ressources financières suffisantes pour achever le projet.
L’entreprise peut faire appel à des sous-traitants, fournisseurs, consultants, organismes d’essais ou prestataires de recherche. Cependant, ces intervenants ne sont pas des partenaires officiellement financés. Ils ne disposent donc pas des mêmes droits, obligations ou droits de propriété sur les résultats que les membres d’un consortium.
Le projet individuel doit également démontrer que la PME pourra exploiter elle-même les résultats. Une candidature insuffisante peut décrire des travaux scientifiques complexes sans expliquer comment l’entreprise fabriquera, commercialisera, concédera sous licence ou valorisera autrement la technologie développée.

Les consortiums collaboratifs i-Démo
Les projets de plus grande ampleur peuvent être présentés par un consortium coordonné par une entreprise. Ce consortium peut réunir des PME, des entreprises de taille intermédiaire, de grandes entreprises, des universités, des organismes publics ou privés de recherche, des centres techniques et d’autres partenaires utiles.
Au moins une PME ou une entreprise de taille intermédiaire doit participer au projet. Le consortium est normalement limité à six partenaires financés, même si certains cadres de coopération européenne peuvent prévoir des modalités différentes.
Un consortium solide ne se résume pas à un regroupement d’organisations prestigieuses. Chaque participant doit remplir une fonction clairement définie et indispensable à la réalisation du projet.
Un partenaire peut développer la technologie principale. Un autre peut apporter une compétence scientifique particulière. Une entreprise industrielle peut préparer l’intégration dans un environnement de production. Un centre technique peut réaliser les essais et les procédures de certification. Un futur client peut valider le démonstrateur dans des conditions réelles d’utilisation.
La candidature doit expliquer pourquoi le projet ne pourrait pas être réalisé aussi efficacement par une seule organisation.
Tableau 2. Comparaison entre un projet individuel et un projet collaboratif i-Démo
| Critère | Projet individuel d’une PME | Projet collaboratif |
|---|---|---|
| Porteur principal | PME française | Entreprise |
| Dépenses totales admissibles minimales | Plus de 2 millions d’euros | Plus de 4 millions d’euros |
| Partenaires officiels | Un seul bénéficiaire financé | En principe, jusqu’à six partenaires financés |
| Organismes de recherche | Généralement sous-traitants ou prestataires | Peuvent être des partenaires financés |
| Complexité de la gouvernance | Moyenne | Élevée |
| Organisation de la propriété intellectuelle | Principalement maîtrisée par le candidat | Doit être négociée entre les partenaires |
| Situation la plus adaptée | Une PME maîtrise la technologie et la mise en œuvre | Plusieurs compétences complémentaires sont indispensables |
| Risque principal | Capacités internes insuffisantes | Coordination faible ou rôles mal définis |
Avant de constituer un consortium, les entreprises doivent vérifier que chaque partenaire proposé apporte une compétence qui ne pourrait pas être obtenue au moyen d’un achat ordinaire ou d’un contrat de sous-traitance. Un consortium inutilement vaste peut ralentir les décisions, compliquer le budget et provoquer des différends concernant la propriété intellectuelle.
Intensité de l’aide accordée aux entreprises
Le montant de l’aide publique est calculé séparément pour chaque partenaire. Il dépend de la taille de l’entreprise, de la nature des activités, des règles applicables aux aides d’État et de la qualification éventuelle du projet comme collaboration effective.
Les taux publiés représentent des plafonds. Ils ne constituent pas des droits automatiques.
Tableau 3. Intensités maximales de l’aide accordée aux entreprises dans le cadre d’i-Démo 5
| Catégorie d’entreprise | Sans collaboration effective | Avec collaboration effective |
|---|---|---|
| Petite entreprise | Jusqu’à 45 pour cent des dépenses admissibles | Jusqu’à 60 pour cent des dépenses admissibles |
| Moyenne entreprise | Jusqu’à 35 pour cent des dépenses admissibles | Jusqu’à 50 pour cent des dépenses admissibles |
| Entreprise de taille intermédiaire ou grande entreprise | Jusqu’à 25 pour cent des dépenses admissibles | Jusqu’à 40 pour cent des dépenses admissibles |
Le taux final peut être inférieur après l’examen par Bpifrance de la nature des travaux, de la situation financière du participant, de l’effet incitatif de l’aide et de la structure générale du projet.
Le candidat doit donc élaborer un plan de financement qui reste viable même si l’intensité maximale théorique n’est pas accordée.
Ce que signifie une collaboration effective
La collaboration effective possède une définition précise dans le droit des aides d’État. La simple participation de plusieurs organisations ne suffit pas.
Dans le cadre d’une collaboration entre entreprises, au moins l’un des participants doit être une PME et aucune entreprise ne doit supporter plus de 70 pour cent des dépenses admissibles totales du projet.
Dans le cadre d’une collaboration entre une entreprise et un organisme de recherche, l’organisme de recherche doit normalement supporter au moins 10 pour cent des dépenses admissibles et conserver le droit de publier les résultats de ses propres activités de recherche.
Le respect de ces conditions peut permettre l’application d’une intensité d’aide plus élevée, puisque les risques, les ressources, les compétences et les résultats sont réellement partagés entre les participants.
L’ajout d’une université ou d’un laboratoire doté d’un budget très faible et d’un rôle purement symbolique ne suffit pas. Le partenaire scientifique doit apporter une contribution scientifique ou technique importante, disposer de lots de travaux clairement identifiés, produire des résultats mesurables et assumer une part appropriée des dépenses du projet.
L’accord de consortium doit également préciser la propriété des résultats, les droits d’accès aux connaissances antérieures, les conditions de concession de licences, les règles de publication, la confidentialité et l’exploitation commerciale des technologies développées en commun.
Subventions et avances remboursables
Pour les entreprises, l’aide i-Démo prend généralement la forme d’une combinaison entre une subvention et une avance remboursable.
La subvention n’a pas à être remboursée si le bénéficiaire respecte la convention de financement et réalise les activités admissibles prévues. L’avance remboursable doit être restituée selon les modalités définies dans cette convention. Le remboursement peut dépendre de l’achèvement du projet, de sa réussite technique, de ses résultats commerciaux ou d’un autre mécanisme convenu.
Pour l’appel à projets actuel, Bpifrance indique que la subvention représente généralement environ la moitié de l’aide totale accordée aux entreprises. Le reste est fourni sous forme d’avance remboursable. La répartition exacte peut être adaptée au cours de l’instruction et de la négociation.
Cette distinction est essentielle, car l’intensité de l’aide ne correspond pas à la part de la subvention.
Prenons l’exemple d’une petite entreprise participant à un projet collaboratif admissible. Elle engage 2 millions d’euros de dépenses admissibles et bénéficie d’une intensité d’aide de 60 pour cent.
L’aide publique totale pourrait atteindre 1,2 million d’euros. Si elle était répartie à parts égales entre les deux formes de soutien, l’entreprise pourrait recevoir environ 600 000 euros sous forme de subvention et 600 000 euros sous forme d’avance remboursable. Les 800 000 euros restants devraient être financés par l’entreprise.
Le candidat doit donc évaluer non seulement le montant de l’aide, mais également l’obligation future de remboursement et le calendrier des flux de trésorerie du projet.
Aide destinée aux organismes de recherche
Les organismes de recherche peuvent recevoir un financement pour leurs activités non économiques admissibles selon différentes méthodes de calcul.
En fonction de la méthode retenue et des conditions applicables, l’aide peut couvrir jusqu’à 50 pour cent des coûts complets ou jusqu’à 100 pour cent des coûts supplémentaires du projet. La méthode choisie doit être compatible avec le système comptable de l’organisme et avec les règles établies dans les documents de l’appel à projets.
La distinction entre activité économique et activité non économique est importante. Une recherche réalisée pour le compte d’une entreprise dans des conditions de marché peut ne pas être traitée de la même manière qu’une recherche indépendante menée dans le cadre d’un projet collaboratif.
Les partenaires scientifiques doivent donc définir leur rôle, leur méthode de calcul des coûts, leurs droits sur les résultats et leurs conditions de publication avant le dépôt de la candidature.
Dépenses admissibles du projet
Le dispositif peut couvrir les dépenses directement nécessaires à la réalisation du programme approuvé de recherche, de développement et de démonstration.
Les catégories de dépenses admissibles peuvent notamment comprendre :
-
les salaires et charges connexes du personnel travaillant sur le projet ;
-
l’amortissement ou l’utilisation admissible des équipements et infrastructures de recherche ;
-
la recherche contractuelle, les études techniques, les essais et la sous-traitance spécialisée ;
-
l’acquisition ou la concession de licences concernant des brevets, des connaissances techniques et des droits de propriété intellectuelle ;
-
les matériaux, composants, prototypes, consommables et autres dépenses de fonctionnement ;
-
les frais indirects calculés selon la méthode simplifiée autorisée.
Pour les activités économiques, les frais indirects peuvent être calculés sur la base d’un montant forfaitaire égal à 20 pour cent des dépenses admissibles de personnel. Pour certaines activités non économiques des organismes de recherche, un taux de 40 pour cent des dépenses de personnel peut être appliqué.
Le budget doit correspondre au programme technique. Les évaluateurs doivent comprendre pourquoi chaque dépense importante est nécessaire, à quelle étape technique elle se rapporte et pourquoi son montant est raisonnable.
Un budget d’équipement important sans fonction claire de recherche-développement peut être contesté. De même, un recours excessif à la sous-traitance peut faire douter de la capacité technique interne du candidat à réaliser le projet.
La règle relative au démarrage du projet
Les entreprises doivent accorder une attention particulière à l’effet incitatif exigé par le droit des aides d’État.
Les activités du projet ne doivent pas commencer avant la date d’admissibilité autorisée. Les candidats doivent éviter d’engager des travaux irréversibles, de signer des contrats fermes avec des fournisseurs, d’acheter des équipements importants ou de lancer les tâches techniques financées avant d’avoir reçu la confirmation que le dossier complet a été enregistré selon la procédure applicable.
Certaines activités préparatoires ordinaires peuvent être traitées différemment, mais la distinction peut être difficile à établir. Les entreprises doivent conserver une chronologie précise et demander des éclaircissements à Bpifrance avant de prendre des engagements importants.
Même un excellent projet technique peut perdre son accès à l’aide si le candidat ne parvient pas à démontrer que le soutien public a influencé sa décision de réaliser le projet.
Comment les projets i-Démo sont-ils évalués ?
L’évaluation ne se limite pas au respect des conditions formelles. Les examinateurs cherchent à déterminer si le projet justifie une intervention publique importante et si les partenaires disposent des capacités nécessaires pour le mener à bien.
Tableau 4. Principaux domaines d’évaluation d’un projet i-Démo
| Domaine d’évaluation | Questions auxquelles la candidature doit répondre |
|---|---|
| Innovation technologique | En quoi la solution se distingue-t-elle des meilleures solutions existantes ? |
| Risques techniques | Quelles incertitudes subsistent et pourquoi ne peuvent-elles pas être résolues par des travaux techniques courants ? |
| Programme de recherche-développement | Les lots de travaux, les étapes, les responsabilités et les résultats attendus sont-ils cohérents ? |
| Potentiel commercial | Existe-t-il un marché crédible, un besoin client et une stratégie de commercialisation ? |
| Capacité financière | Les partenaires peuvent-ils financer leur part et absorber des retards ou des dépassements de coûts ? |
| Retombées industrielles | Le projet créera-t-il en France de la production, des compétences, des emplois ou des capacités stratégiques ? |
| Incidences environnementales | Le projet réduit-il les atteintes à l’environnement et respecte-t-il les principes applicables de durabilité ? |
| Qualité du consortium | Les partenaires sont-ils complémentaires, engagés et correctement coordonnés ? |
| Propriété intellectuelle | Les règles de propriété, d’accès, de protection et d’exploitation sont-elles crédibles ? |
| Nécessité du financement public | Le projet serait-il moins important, plus lent ou impossible sans cette aide ? |
Les meilleures candidatures relient ces domaines au lieu de les traiter comme des parties indépendantes.
Par exemple, le programme technique doit conduire à un démonstrateur clairement défini. Ce démonstrateur doit permettre de valider les performances attendues par des clients identifiés. Cette validation doit soutenir la stratégie commerciale, qui doit elle-même justifier les investissements industriels envisagés en France.
Renforcement de la sélection en 2025 et 2026
i-Démo reste un dispositif majeur de soutien à l’innovation. Toutefois, les publications officielles récentes montrent que la concurrence est devenue plus exigeante.
Bpifrance a déclaré environ 80 millions d’euros d’aides i-Démo au cours du premier semestre 2023. Ce montant a atteint environ 192 millions d’euros au premier semestre 2024.
Cependant, l’activité cumulée des dispositifs i-Nov, i-Démo et Première Usine a diminué de 53 pour cent au premier semestre 2025. Bpifrance a relié ce recul à la diminution des ressources budgétaires disponibles et au renforcement de la sélection, en particulier pour i-Démo.
Cela ne signifie pas que le dispositif est inactif. Cela signifie que les candidats ne peuvent pas se contenter de respecter les conditions minimales ou de présenter une amélioration progressive d’un produit existant.
La stratégie française actualisée en faveur des technologies de rupture, présentée en 2026, prévoit également de concentrer davantage i-Démo sur les innovations réellement transformatrices. Le gouvernement a annoncé l’objectif de mobiliser au moins 30 milliards d’euros de financements publics et privés en faveur des entreprises issues de technologies de rupture d’ici à 2030.
Pour les candidats, cette orientation renforce la nécessité de démontrer une véritable rupture technologique, et non une amélioration limitée d’un produit ou d’un procédé existant.
Tableau 5. Indicateurs récents utiles aux candidats à i-Démo
| Indicateur | Donnée publiée | Signification pratique |
|---|---|---|
| Aides i-Démo au premier semestre 2023 | Environ 80 millions d’euros | Montre la capacité financière importante du dispositif |
| Aides i-Démo au premier semestre 2024 | Environ 192 millions d’euros | Traduit une forte progression du soutien aux grands projets de recherche-développement |
| Évolution de l’activité cumulée d’i-Nov, i-Démo et Première Usine au premier semestre 2025 | Baisse de 53 pour cent | Indique des budgets plus restreints et une sélection renforcée |
| Soutien structurel à l’innovation engagé entre 2021 et 2024 | Près de 5,2 milliards d’euros | Replace i-Démo dans un système national de financement plus vaste |
| Entreprises issues de technologies de rupture créées en France depuis 2019 | Plus de 2 600 | Montre l’importance du nombre de candidats potentiels |
| Nouvelles entreprises issues de technologies de rupture créées en 2025 | Environ 410 | Indique la poursuite de la croissance et de la concurrence |
| Objectif de financement public et privé d’ici à 2030 | Au moins 30 milliards d’euros | Confirme la priorité stratégique accordée aux technologies avancées |
France 2030 dispose d’un budget global de 54 milliards d’euros. Environ 10 milliards d’euros sont associés au soutien structurel à la recherche et à l’innovation, tandis qu’environ 44 milliards d’euros sont orientés vers des secteurs et objectifs stratégiques.
Entre 2021 et 2024, près de 5,2 milliards d’euros ont été engagés dans le cadre des instruments structurels de soutien à l’innovation, hors prises de participation. Les engagements annuels sont passés d’environ 840 millions d’euros en 2021 à près de 1,6 milliard d’euros en 2024.
Ces données montrent que la France continue d’investir massivement dans l’innovation. Elles expliquent aussi pourquoi les candidatures sont évaluées en fonction de leurs retombées nationales et pas seulement de la croissance attendue pour l’entreprise.

Exemples d’entreprises soutenues par i-Démo
GreenWaves Technologies
GreenWaves Technologies développe des processeurs à faible consommation d’énergie destinés au traitement du son, de l’image et de l’intelligence artificielle, avec une dépendance limitée à l’informatique à distance.
Au cours de son développement, l’entreprise a bénéficié de plusieurs instruments français de soutien à l’innovation, notamment la Bourse French Tech Émergence, l’aide au développement des entreprises issues de technologies de rupture, i-Lab, i-Démo et Première Usine.
Son parcours illustre la manière dont i-Démo peut accompagner le passage du développement technologique au changement d’échelle industriel. Il montre aussi qu’une entreprise peut mobiliser plusieurs instruments publics à différentes étapes, à condition que chaque dispositif finance une phase et des dépenses distinctes.
Alice & Bob
Alice & Bob développe une technologie d’informatique quantique fondée sur des qubits dits « chats », conçus pour améliorer la stabilité et la capacité de changement d’échelle des systèmes quantiques.
L’entreprise a été associée à plusieurs programmes français consacrés aux technologies de rupture, notamment i-PhD, i-Lab, i-Nov et i-Démo.
Cet exemple montre comment un projet issu de la recherche peut progresser depuis les premiers travaux scientifiques et la création de l’entreprise jusqu’à un vaste programme de développement technologique. Il illustre également le niveau d’ambition technologique de plus en plus recherché par les pouvoirs publics français.
Crossject
Crossject développe des systèmes d’administration de médicaments d’urgence sans aiguille. En 2024, l’entreprise a annoncé l’obtention de 6,9 millions d’euros de financement public i-Démo pour son projet ZENEO consacré à l’adrénaline.
Selon l’annonce de l’entreprise, environ 60 pour cent de cette aide étaient constitués de subventions, le reste prenant la forme d’avances remboursables. Le projet devait se poursuivre jusqu’en 2026.
Crossject prévoyait également de créer plus de 160 emplois entre 2024 et 2032 et d’atteindre un chiffre d’affaires cumulé d’environ 1 milliard d’euros d’ici à 2032.
Ces estimations d’emplois et de chiffre d’affaires sont des prévisions de l’entreprise, et non des résultats déjà obtenus. Elles illustrent néanmoins l’ampleur des retombées économiques qu’un candidat à i-Démo peut être appelé à justifier.
i-Nov, i-Démo ou Première Usine ?
Le choix d’un dispositif inadapté peut conduire au rejet d’un projet techniquement solide si son niveau de maturité ne correspond pas aux objectifs de l’appel à projets.
Tableau 6. Comparaison entre i-Nov, i-Démo et Première Usine
| Critère | i-Nov | i-Démo | Première Usine |
|---|---|---|---|
| Stade principal | Développement et démonstration de l’innovation | Recherche-développement à grande échelle, intégration et démonstration | Première production industrielle |
| Principal type de candidat | PME déposant seule | PME seule ou consortium coordonné par une entreprise | Entreprise innovante ou PME préparant une première usine |
| Taille habituelle du projet | De 1 à 5 millions d’euros | Plus de 2 millions d’euros pour un projet individuel ou plus de 4 millions d’euros pour un projet collaboratif | Investissement industriel important |
| Durée habituelle | De 12 à 36 mois | De 36 à 60 mois | Dépend du calendrier de déploiement industriel |
| Principal résultat attendu | Innovation ou démonstrateur validé | Démonstrateur de grande taille, système pilote ou validation préindustrielle | Première ligne de production ou premier site industriel |
| Question centrale | L’innovation peut-elle être validée sur les plans technique et commercial ? | La technologie peut-elle être développée et démontrée à une échelle présentant un caractère structurant ? | L’entreprise peut-elle établir sa première capacité de production industrielle ? |
| Consortium | Non, généralement une seule PME candidate | Oui, un consortium est possible | Projet généralement centré sur l’entreprise industrielle |
| Risque principal | Projet trop important ou nécessitant trop de partenaires | Projet trop précoce, trop commercial ou insuffisamment stratégique | Technologie insuffisamment mûre pour un investissement industriel |
Une entreprise ne doit pas choisir i-Démo uniquement parce que son budget dépasse le plafond habituel d’i-Nov. La maturité du projet, les incertitudes techniques, l’organisation des travaux et les résultats attendus sont plus importants que le seul montant du budget.
Le projet est-il prêt pour i-Démo ?
Avant de préparer une candidature complète, l’entreprise coordinatrice doit pouvoir répondre de manière convaincante aux questions suivantes :
-
Le principe scientifique ou technologique central a-t-il déjà été validé ?
-
Le projet comporte-t-il encore des risques importants de recherche-développement, et non de simples travaux techniques courants ?
-
Un prototype de grande taille, un système pilote, une installation intégrée ou un démonstrateur est-il nécessaire ?
-
Les partenaires peuvent-ils financer la partie non couverte par l’aide et gérer le projet pendant une période pouvant atteindre cinq ans ?
-
Existe-t-il des éléments crédibles concernant les clients, le marché, la réglementation ou les besoins industriels ?
-
Le projet produira-t-il des retombées économiques, technologiques, environnementales ou stratégiques significatives en France ?
Un projet qui ne permet pas encore de répondre à ces questions peut nécessiter des travaux supplémentaires de validation de principe, des investissements privés, un soutien i-Lab ou i-Nov, une aide régionale ou un autre instrument de développement avant de pouvoir relever d’i-Démo.
Faiblesses fréquentes des candidatures
Les principales faiblesses ne sont pas toujours administratives. Elles sont souvent stratégiques.
Un projet peut être rejeté parce que la technologie ne se distingue pas suffisamment des solutions existantes. Le programme de travail peut contenir principalement des activités ordinaires de développement de produit au lieu d’un véritable développement expérimental. Le consortium peut réunir des partenaires dont les rôles se chevauchent ou restent symboliques. L’entreprise peut manquer de liquidités ou de fonds propres pour financer sa contribution. Les prévisions de marché peuvent reposer sur des données mondiales générales plutôt que sur des éléments provenant de clients. La propriété intellectuelle peut rester insuffisamment clarifiée. Les affirmations environnementales peuvent ne pas être étayées. Enfin, les travaux peuvent avoir commencé avant la date d’admissibilité autorisée.
Une autre erreur fréquente consiste à confondre changement d’échelle technique et changement d’échelle commercial. i-Démo peut financer le développement technique et préindustriel, mais il n’est pas principalement destiné à l’expansion commerciale, à l’achat d’équipements ordinaires, à la publicité ou à la construction d’un site de production commerciale standard.
Préparer une candidature compétitive
Une candidature solide doit commencer par une description précise de l’obstacle technologique. Le candidat doit expliquer ce qu’il est actuellement impossible de réaliser, pourquoi les solutions existantes sont insuffisantes et quelle nouvelle capacité sera créée grâce au projet.
Le programme de travail doit ensuite traduire ce problème en lots de travaux structurés, en étapes techniques, en points de décision et en résultats mesurables.
Le budget doit découler du programme technique et non être préparé séparément. Chaque dépense importante doit être liée à une tâche, à un risque, à une expérience, à un prototype, à un essai ou à une exigence de validation.
La partie consacrée au marché doit identifier les utilisateurs réels, les processus d’achat, les technologies concurrentes, les contraintes réglementaires et la stratégie de commercialisation. Des lettres d’intérêt, des accords d’expérimentation, des engagements de réalisation d’essais, des partenariats stratégiques et des premiers éléments de validation par les clients peuvent renforcer le dossier.
Le plan de financement doit montrer comment les partenaires financeront leur contribution, géreront leur trésorerie et poursuivront leurs activités en cas de retard dans les versements ou les remboursements.
Enfin, la candidature doit expliquer pourquoi le projet présente un intérêt pour la France. Les retombées peuvent concerner les capacités de production, les compétences scientifiques, la résistance des chaînes d’approvisionnement, l’autonomie stratégique, la décarbonation, le potentiel d’exportation, les emplois qualifiés ou la création d’un nouvel ensemble industriel.
Évaluation finale
i-Démo est l’un des dispositifs de financement public les plus importants accessibles aux PME françaises innovantes et aux consortiums de recherche-développement. Il peut soutenir des projets trop vastes, trop longs ou trop complexes sur le plan technique pour les programmes ordinaires destinés aux PME.
Toutefois, le dispositif ne convient pas à toutes les entreprises innovantes.
Un candidat solide doit démontrer bien davantage que la nouveauté technique de sa solution. Le projet doit comporter un programme cohérent de recherche-développement, une stratégie crédible d’accès au marché, un financement suffisamment solide, des retombées mesurables en France et une équipe capable de diriger un programme de plusieurs millions d’euros pendant plusieurs années.
L’appel à projets i-Démo 5 représente une possibilité importante pour les entreprises qui préparent de grands démonstrateurs, des technologies intégrées, des installations pilotes industrielles et des projets d’innovation stratégique. La date limite étant fixée au 9 septembre 2026, les candidats potentiels disposent de peu de temps pour vérifier leur admissibilité, organiser leur consortium, valider le budget, résoudre les questions de propriété intellectuelle et établir un plan de financement complet.
Pour les projets parvenus au bon stade de maturité, i-Démo peut fournir les moyens nécessaires pour franchir l’une des étapes les plus difficiles du financement de l’innovation : le passage d’une invention techniquement crédible à une solution démontrée, susceptible de changer d’échelle et présentant un intérêt industriel réel.
