International Foundations

Subventions L’Oréal, AXA et Allianz : financements pour les ONG, les chercheurs, les femmes, la culture et l’impact social

📅 Septembre 12, 2026


La philanthropie d’entreprise peut sembler trompeusement simple vue de l’extérieur. Une entreprise internationale crée une fondation, annonce une mission sociale et finance des organisations extérieures. Pour les candidats, toutefois, les mécanismes de financement peuvent être radicalement différents.

Le Fonds L’Oréal pour les Femmes fonctionne de manière assez proche d’un bailleur philanthropique international classique, en soutenant des organisations à but non lucratif qui travaillent directement avec des femmes et des filles en situation de vulnérabilité. AXA suit une approche très différente. Ses principaux dispositifs de financement de la recherche sont structurés autour des universités, des organismes de recherche et de chercheurs nommément désignés. Un chercheur ne peut donc pas simplement déposer une candidature de manière indépendante. La Fondation Allianz représente encore un autre modèle, combinant subventions directes, partenariats sélectionnés de manière proactive, manifestations d’intérêt et mécanismes de financement collaboratifs spécialisés.

Ces différences comptent beaucoup plus que le montant maximal affiché. Une organisation peut constater que L’Oréal peut accorder jusqu’à 250 000 euros, puis découvrir que le Fonds ne peut financer plus de 30 pour cent du budget total du projet. Un chercheur peut être attiré par une Chaire AXA pouvant atteindre 1,5 million d’euros, mais devoir d’abord devenir l’unique candidat présenté par son université. Une ONG peut trouver un ancien appel Allianz proposant entre 80 000 et 200 000 euros et supposer à tort que la même procédure ouverte fonctionne encore dans le cadre de la nouvelle stratégie de la Fondation.

Pour les candidats qui regardent au-delà d’un seul cycle de financement, une conclusion est néanmoins encourageante. Aucun de ces trois écosystèmes de financement ne ressemble à une campagne ponctuelle de responsabilité sociale. L’Oréal a prolongé son Fonds pour les Femmes jusqu’en 2030. AXA finance la recherche depuis 2008 et réorganise actuellement ses programmes scientifiques au lieu de s’en retirer. La Fondation Allianz dispose d’un capital important et d’un engagement financier pluriannuel d’Allianz SE, même si la manière d’accéder à ses financements évolue.

Ces trois dispositifs méritent donc d’être compris en détail.

Trois bailleurs, trois modèles de candidature complètement différents

La manière la plus simple de comparer les trois organisations n’est pas de partir des secteurs financés, mais du mécanisme par lequel l’argent parvient réellement aux bénéficiaires.

L’Oréal finance principalement des organisations à but non lucratif. AXA finance principalement la recherche par l’intermédiaire d’universités et d’organismes publics de recherche. La Fondation Allianz soutient des acteurs associatifs, culturels, médiatiques et de la société civile, mais recourt de plus en plus à des partenariats ciblés plutôt qu’à un vaste appel annuel ouvert.

Tableau 1. Comparaison générale des modèles de financement de L’Oréal, AXA et Allianz

Mécanisme de financement Candidat principal Niveau de financement publié Durée habituelle Domaine principal Perspectives à long terme
Fonds L’Oréal pour les Femmes Organisation à but non lucratif Derniers critères publiés : de 50 000 à 250 000 euros Jusqu’à 3 ans Femmes et filles en situation de vulnérabilité Très fortes, avec un nouvel engagement de 50 millions d’euros pour 2026-2030
Chaires AXA Université ou organisme public de recherche Jusqu’à 1,5 million d’euros 5 ans Risques majeurs pour la société et recherche transdisciplinaire Très fortes
Bourses postdoctorales AXA Institution de recherche d’accueil Dernier modèle pleinement documenté : jusqu’à 140 000 euros 2 ans Recherche en début de carrière Modèle en transition, sans garantie de reconduction à l’identique
AXA New Gen Modalités détaillées en attente Non publiées en septembre 2026 À annoncer Jeunes chercheurs Nouveau programme stratégique
Fondation Allianz Organisations à but non lucratif, acteurs de la société civile et structures culturelles selon le mécanisme Aucun barème général unique publié actuellement Selon le partenariat Villes durables, information digne de confiance, arts socialement engagés Forte stabilité institutionnelle, mais modèle de candidature en évolution
Programme de subventions Allianz Foundation 2025 Organisations admissibles en Europe et dans la région méditerranéenne De 80 000 à 200 000 euros Jusqu’à 24 mois Environnement, société civile, arts et culture Référence historique, mais pas modèle garanti pour l’avenir

Les différences deviennent encore plus importantes lorsque l’on examine les critères d’admissibilité, la structure budgétaire et les procédures internes de sélection.

Fonds L’Oréal pour les Femmes : un programme philanthropique durable, pas une campagne temporaire

Parmi les trois bailleurs, le Fonds L’Oréal pour les Femmes présente actuellement les perspectives les plus lisibles à long terme pour les organisations à but non lucratif.

Le Fonds a été créé en 2020, alors que les pressions sociales et économiques sur les femmes vulnérables s’étaient fortement aggravées pendant la crise liée à la COVID-19. L’Oréal avait d’abord engagé 50 millions d’euros. L’entreprise a ensuite augmenté cet engagement de 30 millions d’euros supplémentaires, puis a annoncé en mars 2026 une nouvelle enveloppe de 50 millions d’euros pour la période 2026-2030.

Ce nouvel engagement est particulièrement important pour les organisations qui se demandent s’il vaut la peine d’investir du temps dans la compréhension du programme. Le Fonds n’a pas simplement survécu à sa phase d’urgence initiale. L’Oréal l’a transformé en un instrument philanthropique de plus long terme, avec un horizon défini jusqu’en 2030.

À la fin de la dernière période de référence, plus de 72,4 millions d’euros avaient été attribués à plus de 560 organisations dans plus de 110 pays. L’Oréal indique que ces partenariats ont contribué au soutien direct de plus de 6,6 millions de femmes et de filles.

La nouvelle phase 2026-2030 concentre les financements autour de quatre grandes priorités : l’autonomisation économique, l’accès à l’éducation, la lutte contre les violences, ainsi que l’accès à la santé sexuelle et reproductive. Ces domaines sont suffisamment larges pour inclure des programmes d’emploi et d’entrepreneuriat, des initiatives éducatives, des services destinés aux victimes de violences sexistes, des interventions sanitaires et des projets de lutte contre l’exclusion sociale grave.

Le Fonds est international, mais l’admissibilité internationale ne signifie pas que la concurrence est géographiquement neutre. Selon les derniers critères publiés, les organisations dont le siège est établi dans l’Union européenne bénéficient d’une priorité. Les critères favorisent également les structures capables d’émettre des reçus fiscaux en France ou ailleurs dans l’Union européenne.

Qui peut réellement prétendre à un financement de L’Oréal ?

Le Fonds s’adresse à des organisations à but non lucratif ou sans but lucratif d’intérêt général déjà établies. Les candidats doivent disposer de statuts officiels, d’une structure juridique reconnue et de la capacité légale de recevoir des financements philanthropiques privés. Les revenus ne peuvent pas être distribués directement ou indirectement aux membres.

En règle générale, l’organisation doit exister officiellement depuis plus de deux ans. Une exception est prévue pour les organisations plus récentes disposant d’une approche particulièrement innovante, solidement documentée et répondant à un besoin encore insuffisamment couvert. Cette exception ne doit toutefois pas être interprétée comme une voie facile pour les associations nouvellement créées. Une jeune organisation devra démontrer pourquoi son modèle est suffisamment original et crédible pour justifier une dérogation.

Une règle beaucoup moins visible concerne la taille de l’activité. Le candidat doit normalement soutenir directement au moins 200 bénéficiaires par an dans le cadre de l’ensemble de ses activités.

Ce seuil peut exclure de très petites organisations, même lorsque leurs programmes sont très spécialisés et efficaces. Une structure communautaire travaillant de manière intensive avec 60 survivantes de violences peut présenter d’excellents résultats tout en restant en dessous de l’échelle attendue par L’Oréal.

La population cible doit comprendre des femmes ou des filles confrontées à une vulnérabilité importante. Les situations pertinentes peuvent inclure la pauvreté, l’insuffisance de revenus, le sans-abrisme, la monoparentalité, l’isolement géographique, les violences, le handicap ou encore le statut de réfugiée.

Il existe également une distinction importante entre le soutien structurel et le financement de projet. Une organisation qui travaille directement et exclusivement avec des femmes et des filles vulnérables peut demander un soutien à sa structure ou le financement d’un programme précis. Une organisation qui intervient auprès d’un public plus large, par exemple des femmes, des hommes et des enfants déplacés, peut rester admissible, mais uniquement pour un projet qui bénéficie spécifiquement aux femmes et aux filles.

Cette différence peut modifier de manière importante la façon dont une ONG construit sa demande.

Le plafond de 250 000 euros n’est pas la véritable limite financière

Les derniers critères publiés par L’Oréal prévoient une fourchette de financement allant de 50 000 à 250 000 euros, avec un soutien annuel ou pluriannuel pouvant atteindre trois ans.

À première vue, le programme semble donc accessible à des organisations de tailles très différentes. La règle des 30 pour cent change fortement cette impression.

Pour un financement de projet, la contribution de L’Oréal ne peut pas dépasser 30 pour cent du budget total du projet. Pour un soutien structurel, elle ne peut pas dépasser 30 pour cent du budget global de l’organisation.

Ainsi, une ONG demandant la somme maximale de 250 000 euros pour un projet doit présenter un budget total d’au moins environ 833 333 euros. Une demande de 100 000 euros suppose un budget d’au moins environ 333 333 euros. Même la demande minimale de 50 000 euros implique un budget d’environ 166 667 euros si L’Oréal finance la part maximale autorisée.

Tableau 2. Incidence concrète de la règle des 30 pour cent du Fonds L’Oréal

Montant demandé à L’Oréal Budget total minimal si L’Oréal finance 30 pour cent
50 000 euros Environ 166 667 euros
75 000 euros 250 000 euros
100 000 euros Environ 333 333 euros
150 000 euros 500 000 euros
200 000 euros Environ 666 667 euros
250 000 euros Environ 833 333 euros

Il ne s’agit pas d’une obligation classique imposant à l’organisation d’apporter les 70 pour cent restants sur ses ressources propres non affectées. Le reste du budget peut provenir d’autres bailleurs et d’autres sources de financement. Toutefois, L’Oréal attend du candidat qu’il présente les financements déjà garantis, en cours d’examen ou prévus.

En pratique, le programme convient donc davantage à des organisations disposant de sources de financement diversifiées qu’à une ONG qui espérerait que L’Oréal finance la quasi-totalité d’un projet.

Certains projets apparemment parfaitement orientés vers les femmes restent inadmissibles

L’adéquation avec la mission ne suffit pas à rendre toutes les dépenses admissibles.

Les derniers critères de candidature excluent les activités de plaidoyer, les travaux de construction, les rénovations et aménagements, ainsi que le financement de fournitures. Ces exclusions sont particulièrement importantes pour les organisations humanitaires, les refuges pour femmes et les structures de défense des droits.

Prenons l’exemple d’une association qui accompagne des victimes de violences conjugales. Un programme proposant un accompagnement psychologique, un soutien juridique, une formation professionnelle et un accompagnement vers l’emploi peut correspondre étroitement aux priorités du Fonds. En revanche, une proposition composée principalement de travaux de rénovation d’un refuge, d’achats de mobilier et de distribution de produits d’hygiène risque de ne pas correspondre aux règles de financement.

De la même manière, une organisation qui milite pour une réforme législative concernant les droits des femmes peut avoir une mission parfaitement cohérente avec l’autonomisation des femmes, mais rester mal adaptée au programme si le plaidoyer constitue l’activité principale pour laquelle un financement est demandé.

Le Fonds exclut également les organisations ou activités associées à des pratiques discriminatoires, au travail forcé, au travail des enfants, à de graves violations des droits humains, à des incidences environnementales nuisibles ou à certains objectifs politiques, militaires ou religieux.

Une demande solide auprès de L’Oréal doit donc aller au-delà de la présentation d’un problème social convaincant. Elle doit proposer un modèle d’intervention correspondant précisément à la manière dont le Fonds définit le soutien direct.

Ce que révèlent les bénéficiaires réels de L’Oréal

Le portefeuille est très diversifié sur les plans géographique et thématique.

Parmi les organisations mises en avant dans les publications de L’Oréal figurent la Fondation Panzi en République démocratique du Congo, connue pour son accompagnement global des victimes de violences sexuelles, la Maison des femmes de Saint-Denis en France, la Fundación Ana Bella en Espagne, Rêv’Elles en France, Flying Kites au Kenya, ainsi que des initiatives en faveur des femmes et des filles en Afghanistan et dans d’autres contextes fragiles.

La Georges Malaika Foundation constitue un autre exemple de la priorité donnée à l’éducation. Son action comprend notamment l’accès gratuit à l’éducation pour les filles en République démocratique du Congo.

Les rapports financiers des bénéficiaires peuvent fournir des informations encore plus concrètes que les publications générales de l’entreprise. Women on Wings a ainsi déclaré 100 000 euros de revenus récurrents provenant du Fonds L’Oréal pour les Femmes au cours de son exercice 2024-2025 et a indiqué que le partenariat avait été renouvelé pour deux années supplémentaires.

Cela est important pour deux raisons. Premièrement, les financements réellement accordés peuvent être nettement inférieurs au plafond de 250 000 euros. Deuxièmement, L’Oréal peut établir des relations pluriannuelles avec certaines organisations au lieu de considérer chaque subvention comme une opération isolée sur un seul exercice.

Le Fonds offre également un soutien non financier. Ses dernières publications font état d’un accompagnement de centaines d’associations et de professionnels du secteur social au moyen de webinaires, de séances d’accompagnement individuel et de dispositifs d’apprentissage entre pairs.

Que se passera-t-il après 2026 ?

L’Oréal a déjà engagé des financements pour la période 2026-2030, mais aucun appel à candidatures du Fonds pour les Femmes n’est ouvert en 2026. L’entreprise a indiqué que les informations relatives au calendrier 2027 seraient communiquées séparément.

Cette distinction est importante. Le Fonds lui-même se poursuit clairement, mais les organisations ne doivent pas supposer que tous les détails du cycle précédent resteront identiques.

La fourchette de 50 000 à 250 000 euros, la limite de 30 pour cent, le seuil relatif au nombre de bénéficiaires et les autres règles correspondent aux dernières conditions publiées. Elles restent très utiles pour préparer une future demande, mais les candidats devront vérifier les modalités du prochain appel officiel avant de finaliser leur budget.

Les organisations qui envisagent de déposer une candidature peuvent utiliser cette période d’attente de manière utile. Elles peuvent vérifier si leur nombre annuel de bénéficiaires est suffisant, tester la compatibilité de leur projet avec la règle des 30 pour cent, identifier d’autres bailleurs et écarter les catégories de dépenses susceptibles d’être exclues.

AXA Research Fund : le chercheur est central, mais c’est l’institution qui dépose la candidature

AXA fonctionne selon une logique complètement différente.

Le Fonds AXA pour la Recherche a été créé en 2008 afin de soutenir des travaux scientifiques consacrés aux grands risques auxquels les sociétés sont confrontées. Depuis sa création, AXA indique avoir soutenu plus de 800 projets dans 39 pays pour un financement cumulé d’environ 300 millions d’euros.

La science est désormais intégrée à la Fondation AXA pour le Progrès Humain, qui regroupe des actions philanthropiques dans les domaines de la science, de la nature, de la solidarité et de la culture. AXA ne se retire donc pas du financement scientifique. Le groupe réorganise plutôt la manière dont il soutient les différentes étapes d’une carrière académique.

À l’heure actuelle, la Chaire AXA constitue le dispositif scientifique de long terme le plus clairement établi. AXA a également annoncé New Gen, un nouveau programme destiné aux jeunes chercheurs. Les bourses postdoctorales AXA restent importantes sur le plan historique et ont donné lieu à une nouvelle promotion en 2026, mais les candidats ne doivent plus supposer qu’un appel identique sera automatiquement reconduit chaque année.

Tableau 3. Les financements scientifiques AXA selon le stade de carrière

Programme Profil visé Financement Durée Candidat officiel Importance actuelle
Chaire AXA Chercheur confirmé Jusqu’à 1,5 million d’euros 5 ans Université ou organisme public de recherche Programme phare actuel
Bourse postdoctorale AXA Chercheur en début de carrière Dernier cycle documenté : jusqu’à 140 000 euros 2 ans Institution d’accueil Modèle récent important, mais reconduction identique incertaine
AXA New Gen Jeunes chercheurs À annoncer À annoncer Modalités détaillées en attente Nouveau programme stratégique appelé à jouer un rôle important

Pourquoi une Chaire AXA n’est pas une subvention individuelle

Une Chaire AXA peut atteindre 1,5 million d’euros sur cinq ans, mais le chercheur ne peut pas déposer la demande seul.

Le candidat officiel est l’établissement universitaire ou l’organisme public de recherche d’accueil. L’institution doit être enregistrée auprès d’AXA et déposer la candidature par l’intermédiaire de son contact opérationnel autorisé.

Cela crée un processus de sélection interne avant même le début de la compétition externe. Selon les règles actuelles des Chaires, une institution ne peut présenter qu’un seul candidat par campagne en qualité d’établissement chef de file.

Pour les chercheurs travaillant dans de grandes universités, ce point constitue un obstacle pratique majeur. Un excellent candidat peut d’abord devoir affronter des collègues appartenant à des facultés totalement différentes pour obtenir l’unique nomination institutionnelle.

Les Chaires AXA sont conçues pour des chercheurs expérimentés. Le titulaire proposé doit normalement avoir obtenu son doctorat depuis au moins dix ans et démontrer une forte réputation scientifique internationale, une expérience de la recherche transdisciplinaire et une capacité à collaborer avec des acteurs non universitaires.

Le chercheur doit disposer, ou se voir proposer, un poste universitaire à temps plein dans l’institution d’accueil pour toute la durée de cinq ans. Si le candidat est recruté depuis une autre institution, l’université doit être prête à créer le poste nécessaire si le projet est retenu.

Recruter un chercheur extérieur peut être plus stratégique qu’une promotion interne

L’une des règles les moins visibles d’AXA concerne la mobilité.

Lorsque deux propositions présentent un niveau comparable d’excellence scientifique et de potentiel de transformation, AXA indique qu’une préférence peut être accordée aux situations dans lesquelles l’institution d’accueil recrute un titulaire venant d’un autre établissement.

Le programme n’a pas pour vocation de financer simplement une promotion interne.

Un professeur déjà en poste n’est pas automatiquement exclu, mais une université présentant un candidat interne doit particulièrement bien expliquer en quoi la Chaire crée quelque chose de réellement nouveau plutôt que de financer des travaux déjà existants.

Les Chaires AXA constituent donc à la fois un financement de recherche et un instrument de développement stratégique pour les établissements.

AXA attend une véritable transdisciplinarité

De nombreux programmes de financement utilisent le terme « interdisciplinaire » de manière assez vague. Les Chaires AXA imposent une exigence plus concrète.

Le modèle actuel attend une intégration réelle entre au moins deux grands groupes disciplinaires. Au moins une composante doit relever des sciences sociales, des sciences humaines ou de l’économie, tandis qu’une autre doit provenir des sciences naturelles, de l’ingénierie ou de la technologie.

Un projet consacré aux risques climatiques pourrait par exemple associer climatologie et ingénierie avec économie, gouvernance ou sciences comportementales. Une Chaire consacrée à la santé publique pourrait combiner épidémiologie, politiques sociales, économie de la santé et science des données.

Il ne suffit pas de faire figurer des chercheurs de différents départements dans une liste de partenaires. AXA attend que les disciplines influencent réellement les questions de recherche, les méthodes utilisées et l’interprétation des résultats.

Le partenaire non universitaire n’est pas là pour la forme

Au moins un partenaire non universitaire doit participer de manière significative à la Chaire.

Il peut s’agir d’une ONG, d’une municipalité, d’une autorité publique, d’un hôpital public, d’une organisation professionnelle ou d’une structure communautaire. Son rôle doit comprendre la conception conjointe et la mise en œuvre du programme, et non se limiter à une lettre de soutien symbolique.

Cela signifie qu’une université ne devrait pas rédiger l’ensemble du projet puis ajouter une ONG à la dernière étape uniquement pour satisfaire un critère formel. Une candidature plus forte peut démontrer que les partenaires non universitaires ont contribué à définir le problème, à formuler les questions de recherche, à fournir une expertise de terrain, à participer à la mise en œuvre et à utiliser les résultats.

Une autre restriction est assez inhabituelle : les entreprises privées à but lucratif ne peuvent pas être partenaires officiels dans le cadre actuel des Chaires AXA.

Une entreprise peut toujours être pertinente dans l’environnement du projet, mais elle ne peut pas occuper le même rôle formel qu’une municipalité, une ONG ou une institution publique.

AXA attend qu’une part importante du budget serve à relier la recherche à la société

Le plafond de 1,5 million d’euros peut couvrir un large éventail de dépenses directement liées au programme de recherche.

Les dépenses admissibles peuvent inclure les coûts liés au titulaire de la Chaire, les chercheurs postdoctoraux, les doctorants, les assistants de recherche, le matériel scientifique, les bases de données, les enquêtes, les consommables, la coordination, les ateliers, les déplacements, la facilitation, la traduction, la communication et d’autres activités directement liées au programme.

Lorsque les règles juridiques et institutionnelles le permettent, les partenaires non universitaires peuvent également recevoir une compensation justifiée ou un soutien financier pour leur contribution au projet.

L’indication budgétaire la plus révélatrice concerne l’implication des parties prenantes. AXA recommande qu’environ 25 à 30 pour cent du budget total de la Chaire soient consacrés à la participation des parties prenantes, à la facilitation, à la rémunération des partenaires et à la communication.

Il ne s’agit pas d’un pourcentage obligatoire et intangible. Toutefois, un projet consacrant presque toutes ses ressources aux salaires et au matériel, tout en investissant très peu dans la coproduction, pourrait paraître mal aligné avec la philosophie du programme.

Tableau 4. Principales règles financières et administratives des Chaires AXA

Règle Approche de la Chaire AXA Conséquence pratique
Financement maximal Jusqu’à 1,5 million d’euros Le budget doit être justifié, sans demander automatiquement le plafond
Durée 5 ans Engagement institutionnel de long terme
Candidatures institutionnelles Un candidat chef de file par institution et par campagne La sélection interne peut être très compétitive
Profil du titulaire Doctorat obtenu depuis normalement au moins 10 ans Programme destiné à des responsables scientifiques expérimentés
Emploi Poste universitaire à temps plein dans l’institution d’accueil Des engagements de recrutement peuvent être nécessaires
Disciplines Intégration réelle de plusieurs grands champs disciplinaires L’interdisciplinarité de façade est insuffisante
Participation non universitaire Au moins un partenaire véritablement impliqué dans la conception et la mise en œuvre La participation doit commencer avant la diffusion des résultats
Entreprises privées Ne peuvent pas être partenaires officiels dans le cadre actuel La coopération avec le secteur privé doit être organisée autrement
Dépenses liées aux parties prenantes Environ 25 à 30 pour cent recommandés L’implication extérieure doit disposer de moyens réels
Cofinancement Aucun taux universel imposé Une contribution de l’institution est tout de même attendue
Suivi Rapports annuels d’activité et rapports financiers La poursuite des versements dépend d’une bonne gestion administrative

L’institution d’accueil doit également contribuer au succès de la Chaire par des ressources, du personnel, des infrastructures, des doctorants ou d’autres formes de soutien institutionnel. AXA n’impose pas un taux unique de cofinancement, mais cela ne signifie pas que la Fondation souhaite prendre en charge l’ensemble de l’effort institutionnel.

AXA évalue le leadership autant que la qualité scientifique

Le processus commence par une manifestation d’intérêt déposée par l’institution d’accueil.

Seules les propositions sélectionnées accèdent à l’étape de candidature complète. Les dossiers détaillés sont évalués par des experts externes, puis les phases ultérieures peuvent inclure un droit de réponse aux évaluations et des échanges directs avec les organes scientifiques d’AXA.

Cela est important parce qu’une Chaire AXA n’est pas évaluée uniquement comme un projet académique classique.

L’originalité scientifique reste centrale, mais les évaluateurs examinent aussi si les disciplines sont véritablement intégrées, si les partenaires non universitaires participent à la production des connaissances, si le réseau possède une gouvernance crédible et si le programme peut influencer les politiques publiques, les pratiques professionnelles ou la société au sens large.

AXA lie également la continuité du financement à la remise de rapports annuels. Les institutions d’accueil doivent transmettre un rapport d’activité et un rapport financier. Une Chaire exige donc une capacité administrative pendant toute la période de cinq ans, pas uniquement au moment du dépôt de la candidature.

La Fondation ne revendique pas la propriété des résultats scientifiques, mais les chercheurs doivent mentionner le soutien d’AXA et respecter les exigences applicables en matière de libre accès aux publications.

Un exemple concret : une Chaire AXA d’un million d’euros

Un exemple utile provient de l’Université de Genève.

En 2026, l’Université a annoncé la création d’une Chaire AXA consacrée aux risques de catastrophes en montagne, dirigée par le professeur Markus Stoffel. La Chaire reçoit 200 000 euros par an pendant cinq ans, soit un financement total d’un million d’euros.

Les travaux portent sur l’augmentation des risques liés au réchauffement climatique dans les régions montagneuses, notamment le recul des glaciers, la dégradation du pergélisol et les changements de régime des précipitations. Le programme doit notamment soutenir trois doctorants et deux chercheurs confirmés.

L’Université a indiqué que la proposition avait été retenue à l’issue d’un processus très compétitif comptant plus de 100 candidatures.

Cet exemple illustre un point essentiel concernant les montants maximaux. Le plafond d’AXA est de 1,5 million d’euros, mais une Chaire réussie n’a pas besoin de demander ce maximum. Un programme de cinq ans bien construit peut recevoir un montant inférieur si ce budget correspond réellement à son architecture scientifique.

Que deviennent les bourses postdoctorales AXA ?

Le dernier modèle entièrement documenté de bourse postdoctorale AXA proposait jusqu’à 140 000 euros sur deux ans.

Les chercheurs devaient se situer dans une période définie après leur doctorat et ne pas disposer d’un poste universitaire permanent ou menant à la titularisation. La bourse était conçue principalement comme un programme de recherche à temps plein, avec une activité d’enseignement limitée.

Là encore, l’institution jouait un rôle central. Lors du dernier cycle documenté, une institution ne pouvait présenter qu’un seul candidat.

Il s’agit d’un obstacle peu visible mais majeur. Un chercheur postdoctoral peut remplir tous les critères scientifiques et néanmoins ne jamais atteindre l’étape de l’évaluation AXA si son université choisit un autre candidat en interne.

AXA a annoncé en 2026 sept bénéficiaires d’une bourse postdoctorale dans le cadre du thème « Repenser le contrat social : changement démographique, protection sociale et solidarité ». Leurs travaux portent notamment sur la migration, les retraites, le vieillissement, le travail via les plateformes numériques, le sans-abrisme, l’emploi et les institutions sociales.

Toutefois, l’orientation stratégique évolue. AXA présente désormais les Chaires AXA et le futur programme New Gen comme ses deux principaux dispositifs scientifiques.

Pour les chercheurs qui préparent leur stratégie pour 2027 et au-delà, New Gen pourrait donc devenir plus pertinent que les anciennes pages consacrées aux bourses postdoctorales. Tant que les modalités détaillées ne sont pas publiées, il serait imprudent de supposer que le précédent modèle de 140 000 euros, les règles relatives à l’ancienneté du doctorat ou les quotas institutionnels seront reconduits à l’identique.

Fondation Allianz : financement stable, mais voie d’accès moins prévisible

La Fondation Allianz présente un autre type de difficulté.

La Fondation elle-même semble financièrement solide. Elle dispose d’un capital de 100 millions d’euros et Allianz SE s’est engagée à lui verser 5 millions d’euros par an jusqu’en 2031. Son portefeuille s’est considérablement développé depuis la création de la structure actuelle de la Fondation.

L’incertitude ne porte donc pas sur la poursuite des financements, mais sur la manière dont les organisations peuvent y accéder.

La Fondation a réorganisé sa stratégie autour de trois axes : Villes durables, Information digne de confiance et Arts socialement engagés.

Parallèlement, elle s’oriente davantage vers une sélection proactive des partenaires. Au lieu de reposer entièrement sur un vaste concours public annuel, la Fondation indique désormais qu’elle identifie principalement elle-même les partenaires potentiels. Elle a également annoncé un mécanisme de manifestation d’intérêt destiné à permettre aux organisations extérieures à son réseau de se présenter.

Pour les candidats, ce changement est important.

Un projet peut parfaitement correspondre aux priorités de la Fondation Allianz tout en nécessitant une stratégie d’accès différente de celle qui consiste simplement à attendre un appel annuel et à déposer une demande complète.

Villes durables : un financement climatique avec une dimension sociale

L’axe Villes durables va au-delà d’un programme environnemental classique.

La Fondation Allianz s’intéresse à la manière dont les villes peuvent mener leur transition écologique sans aggraver les inégalités sociales. Les thèmes pertinents comprennent notamment l’utilisation durable et abordable du foncier, la rénovation plutôt que la démolition, la construction circulaire, les matériaux régénératifs et de nouvelles approches du développement urbain.

Les projets les plus solides sont donc susceptibles de relier les résultats environnementaux à des changements en matière de gouvernance, de logement ou de participation citoyenne.

Une campagne classique de sensibilisation environnementale peut ainsi être moins attractive qu’un projet démontrant comment un bâtiment existant peut être rénové plutôt que démoli, tout en conservant des logements abordables et en réduisant les émissions.

L’accent porte sur une transformation susceptible de modifier le fonctionnement des villes, et non sur des activités écologiques isolées.

Information digne de confiance : bien plus que des subventions pour le journalisme

L’axe Information digne de confiance répond à la baisse de confiance, à l’affaiblissement des modèles économiques des médias, à la désinformation et aux difficultés croissantes de financer une information d’intérêt public fiable.

La Fondation Allianz adopte une définition large de l’écosystème de l’information. Le journalisme y occupe une place importante, mais les organisations de la société civile, les acteurs scientifiques et les coopérations entre secteurs sont également concernés.

Les projets peuvent expérimenter de nouveaux formats d’information d’intérêt public, renforcer les médias indépendants, développer des modèles économiques durables, créer des collaborations entre journalistes et chercheurs ou améliorer la manière dont une information fiable atteint les communautés.

Cela crée des possibilités au-delà des rédactions traditionnelles, mais les projets doivent tout de même démontrer en quoi leur action renforce une information digne de confiance plutôt que de produire simplement du contenu de communication.

Arts socialement engagés : la qualité artistique ne suffit pas

Le troisième axe de la Fondation concerne des pratiques artistiques directement liées à des enjeux sociaux ou écologiques.

Il peut s’agir d’art participatif, de projets communautaires, de création collective, de réponses culturelles à des transformations politiques et environnementales, ou d’initiatives destinées à renforcer la résilience des organisations culturelles.

La distinction entre un financement artistique classique et les arts socialement engagés est essentielle.

Une exposition d’excellente qualité peut rester mal adaptée si le public demeure passif et si le projet produit peu d’effets sociaux plus larges. À l’inverse, un projet plus modeste qui associe artistes et habitants pour transformer des institutions locales, créer un nouveau dialogue public ou réduire l’exclusion peut mieux correspondre à la stratégie.

Le soutien accordé à des projets en Ukraine illustre particulièrement bien cette logique.

Ce que l’appel Allianz de 2025 nous apprend encore

Le vaste programme de subventions organisé par la Fondation Allianz en 2025 ne doit plus être considéré comme un modèle automatiquement valable pour les appels futurs, mais ses règles donnent de nombreuses indications sur la philosophie de financement de la Fondation.

Le programme proposait entre 80 000 et 200 000 euros par projet, pour une durée maximale de 24 mois. La Fondation Allianz pouvait financer au maximum 75 pour cent du coût total du projet.

Les candidats devaient donc sécuriser au moins 25 pour cent du financement auprès d’autres sources.

Le détail important concernait le calendrier. Ces financements complémentaires devaient être confirmés avant le démarrage du projet. Une organisation ne pouvait pas simplement commencer le projet grâce à la contribution d’Allianz et espérer trouver les fonds manquants plus tard.

Les contributions en nature n’étaient pas comptabilisées dans le cofinancement.

En parallèle, le programme autorisait des frais administratifs pouvant atteindre 20 pour cent, ce qui donnait aux organisations davantage de souplesse opérationnelle que dans de nombreux dispositifs limités aux seules dépenses de projet.

Tableau 5. Ce que l’appel 2025 révèle sur la logique de financement de la Fondation Allianz

Règle de l’appel 2025 Condition publiée Enseignement pratique
Montant de la subvention De 80 000 à 200 000 euros Référence historique utile, mais pas fourchette garantie pour l’avenir
Durée du projet Jusqu’à 24 mois La Fondation soutenait des projets pluriannuels substantiels
Contribution Allianz Maximum 75 pour cent des coûts du projet Un financement externe était indispensable
Cofinancement Au moins 25 pour cent Le candidat ne pouvait pas dépendre entièrement d’Allianz
Calendrier des financements tiers Ils devaient être confirmés avant le démarrage du projet Un déficit de financement pouvait retarder ou empêcher la mise en œuvre
Contributions en nature Non comptabilisées comme cofinancement Le bénévolat ne pouvait pas remplacer l’apport financier requis
Frais administratifs Jusqu’à 20 pour cent Souplesse significative pour les coûts de fonctionnement
Processus de candidature Note de projet puis dossier complet pour les candidats présélectionnés La préparation d’un dossier complet intervenait uniquement après présélection

Le programme 2025 accordait une forte importance aux approches systémiques, aux résultats mesurables, aux effets à long terme au-delà de la période financée et à une forte implantation locale associée à une pertinence plus large.

Il encourageait également la conception participative des projets et accordait une attention particulière aux organisations dirigées par des femmes, des jeunes ou des groupes confrontés à la marginalisation.

La durabilité était aussi évaluée à travers la méthode de mise en œuvre. Les candidats étaient encouragés à réfléchir aux déplacements, à la réutilisation des matériaux, aux transports publics, à l’organisation des événements et à d’autres choix opérationnels.

Cet enseignement reste utile pour de futurs candidats même si les règles financières exactes évoluent.

Tous les financements associés à Allianz ne sont pas des subventions directes de la Fondation Allianz

Les candidats doivent aussi distinguer les subventions directes de la Fondation des mécanismes spécialisés auxquels Allianz Foundation contribue financièrement ou qu’elle a participé à créer.

Le Media Forward Fund en est un exemple.

Ce fonds a été créé avec plusieurs partenaires philanthropiques afin de renforcer le journalisme d’intérêt public et les modèles économiques durables des médias en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

Ses financements peuvent être nettement supérieurs aux montants de l’ancien appel général de la Fondation. Parmi les premiers bénéficiaires figuraient Reflekt avec 300 000 euros, Dossier avec 390 000 euros, andererseits avec 400 000 euros et Tsüri avec 400 000 euros.

Il ne s’agissait pas de subventions classiques de la Fondation Allianz déposées dans le cadre de son programme général. Ces financements provenaient d’un fonds commun spécialisé possédant ses propres objectifs et sa propre procédure.

L’Alliance for Socially Engaged Arts représente un autre modèle. La Fondation Allianz fait partie des fondateurs de cette initiative, mais le programme constitue une structure européenne collaborative réunissant plusieurs fondations.

Lors de sa première promotion, les organisations de 15 bénéficiaires ont reçu chacune 60 000 euros de financement de fonctionnement, parallèlement à un programme de 18 mois consacré au développement organisationnel et à la coopération internationale.

Tableau 6. Fondation Allianz et mécanismes de financement associés

Mécanisme Type de soutien Exemple de montant Groupe principalement visé
Partenariats directs de la Fondation Allianz Subvention de la Fondation ou partenariat stratégique Aucun barème général unique actuellement Société civile, culture et organisations à impact social
Programme de subventions Allianz Foundation 2025 Subvention ouverte sur appel concurrentiel De 80 000 à 200 000 euros Organisations admissibles en Europe et dans la région méditerranéenne
Media Forward Fund Fonds commun spécialisé Jusqu’à environ 400 000 euros dans les premiers appels Médias d’intérêt public
Alliance for Socially Engaged Arts Programme collaboratif et soutien organisationnel 60 000 euros de financement de fonctionnement aux organisations des bénéficiaires lors de la première promotion Organisations engagées dans les arts à dimension sociale

Ces distinctions sont importantes, car une organisation peut être parfaitement alignée avec la mission de la Fondation Allianz sans nécessairement déposer sa demande directement auprès de la Fondation.

Dans certains secteurs, la meilleure possibilité peut se trouver au sein d’un dispositif spécialisé qu’Allianz a contribué à créer.

Un exemple ukrainien : le théâtre comme infrastructure démocratique

L’Ukraine apparaît directement dans le portefeuille de la Fondation Allianz.

L’un des projets soutenus dans le cadre du programme 2025 était « Democratic Future for Ukrainian Theatre, Act by Act », mis en œuvre par Nafta Theatre à Kharkiv.

Le projet permet à de jeunes artistes de développer de nouvelles créations avec l’accompagnement de professionnels, mais ses objectifs dépassent largement la production théâtrale. Il aborde notamment les hiérarchies rigides, les inégalités entre les sexes, la passivité et la résilience institutionnelle pendant la guerre.

Cet exemple illustre très bien ce que la Fondation Allianz entend par arts socialement engagés.

L’activité financée ne consiste pas simplement à « produire un spectacle ». L’art devient une méthode permettant de transformer les relations, de favoriser la participation, de soutenir de jeunes professionnels et de remettre en question certaines pratiques institutionnelles.

La Fondation Allianz a également soutenu des initiatives liées à la documentation et à l’enquête sur les violations des droits humains et les crimes internationaux touchant l’Ukraine et la Syrie.

Pour les organisations ukrainiennes, ces exemples sont particulièrement utiles car ils montrent que l’orientation européenne de la Fondation n’exclut pas l’Ukraine. Plus important encore, ils montrent quel type de positionnement semble compétitif : les projets les plus solides sont rarement de simples événements culturels ponctuels. Ils associent l’activité artistique, civique ou informationnelle à un changement structurel plus large.

Les règles cachées qui comptent davantage que le montant maximal

Pour les trois bailleurs, les informations les plus importantes ne se trouvent pas toujours dans le montant annoncé.

Tableau 7. Règles peu visibles pouvant affaiblir ou éliminer une candidature pourtant solide

Bailleur Règle moins évidente Pourquoi elle est importante
L’Oréal L’organisation doit soutenir directement au moins 200 bénéficiaires par an Les petites structures spécialisées peuvent être trop modestes
L’Oréal Le montant minimal publié est de 50 000 euros Les microprojets peuvent être trop petits
L’Oréal L’Oréal ne peut financer plus de 30 pour cent du budget concerné Une demande de 250 000 euros exige un budget d’environ 833 333 euros
L’Oréal Le soutien structurel est réservé aux organisations travaillant directement et exclusivement avec des femmes et des filles vulnérables Les ONG humanitaires plus larges peuvent être limitées au financement de projet
L’Oréal Le plaidoyer, les fournitures, la construction et la rénovation sont exclus selon les derniers critères De nombreux programmes pourtant pertinents peuvent devoir être profondément remaniés
AXA Le chercheur ne peut pas déposer seul une candidature pour une Chaire AXA L’appui de l’université est obligatoire
AXA Une seule candidature de Chaire par institution et par campagne La compétition commence à l’intérieur même de l’établissement
AXA La mobilité peut être favorisée lorsque les propositions sont autrement équivalentes Le recrutement d’un chercheur extérieur peut être plus stratégique
AXA Une véritable coproduction avec un partenaire non universitaire est exigée Un partenaire purement symbolique apporte peu de valeur
AXA Les entreprises privées ne peuvent pas être partenaires officiels dans le cadre actuel des Chaires La coopération avec l’industrie doit être organisée autrement
AXA Environ 25 à 30 pour cent des dépenses liées aux parties prenantes sont recommandées Un budget trop académique peut sembler mal aligné
Allianz La stratégie actuelle repose largement sur l’identification proactive de partenaires Même un excellent projet peut ne pas disposer immédiatement d’un canal public de candidature
Allianz 2025 Le cofinancement devait être confirmé avant le démarrage du projet Le candidat ne pouvait pas combler le déficit plus tard
Allianz 2025 Les contributions en nature ne comptaient pas comme cofinancement Le bénévolat ne pouvait pas remplacer l’apport financier nécessaire
Allianz 2025 Jusqu’à 20 pour cent de frais administratifs étaient autorisés Le programme offrait une souplesse relativement importante pour les coûts de structure

Ces règles montrent pourquoi rechercher uniquement « le montant maximal de la subvention » est souvent une mauvaise façon d’évaluer une possibilité de financement.

La véritable question consiste à savoir si le candidat correspond à l’architecture financière du bailleur.

Quel bailleur convient le mieux à quel candidat ?

Pour une ONG établie travaillant directement avec des femmes et des filles vulnérables, L’Oréal constitue l’option la plus évidente.

L’organisation doit déjà disposer d’une certaine envergure, d’une base de financement diversifiée et d’activités d’aide directe plutôt que d’un modèle reposant principalement sur le plaidoyer. L’autonomisation économique, l’éducation, la lutte contre les violences et la santé sexuelle et reproductive sont actuellement les axes stratégiques les plus importants.

Pour une université ou un organisme public de recherche, AXA offre un potentiel de financement individuel beaucoup plus élevé.

Une Chaire AXA peut atteindre 1,5 million d’euros sur cinq ans, mais la réussite exige davantage qu’un bon professeur et une solide liste de publications. L’institution d’accueil doit s’engager en faveur de la Chaire, intégrer plusieurs disciplines universitaires, associer des partenaires non universitaires dès le départ et démontrer comment les connaissances produites dépasseront le milieu académique.

La Fondation Allianz peut être particulièrement intéressante pour les ONG, les acteurs de la société civile, les médias indépendants et les organisations culturelles, mais les candidats doivent l’aborder différemment.

Les projets les plus solides sont susceptibles de démontrer un changement structurel dans les domaines des Villes durables, de l’Information digne de confiance ou des Arts socialement engagés. Une simple série d’ateliers, un événement ponctuel ou une demande d’équipement correspondent moins bien à l’orientation actuelle de la Fondation qu’un projet capable de modifier durablement le fonctionnement d’un système local.

L’accès au financement peut aussi être moins direct. Les organisations doivent surveiller le mécanisme de manifestation d’intérêt de la Fondation ainsi que ses dispositifs spécialisés, au lieu d’attendre uniquement un appel général annuel.

Ces programmes valent-ils encore la peine d’être suivis en 2027 et 2028 ?

Oui, mais pour des raisons différentes.

L’Oréal présente le calendrier le plus clair. L’entreprise a engagé 50 millions d’euros supplémentaires pour le Fonds pour les Femmes pour la période 2026-2030. L’absence d’appel en 2026 ne signifie donc pas la fin du programme. Elle signifie que les candidats doivent attendre la publication du calendrier 2027.

AXA dispose également d’une solide crédibilité sur le long terme. Le Fonds AXA pour la Recherche existe depuis 2008, a financé plus de 800 projets et continue de développer de nouveaux mécanismes. Les Chaires AXA restent un programme majeur, tandis que New Gen devrait devenir une voie importante pour les jeunes chercheurs.

La principale prudence concerne les anciennes informations sur les bourses postdoctorales. Les chercheurs ne devraient pas construire leur stratégie 2027 sur l’hypothèse que l’ancien financement de 140 000 euros sera reconduit à l’identique.

La Fondation Allianz est elle aussi stable au niveau institutionnel. Son capital de 100 millions d’euros et le soutien annuel d’Allianz SE jusqu’en 2031 constituent une base financière solide.

Ce qui change, c’est l’architecture de ses financements. Le passage vers l’identification proactive de partenaires, les manifestations d’intérêt et les fonds collaboratifs spécialisés rend Allianz plus difficile à suivre à travers de simples calendriers annuels de dates limites, mais ne rend pas la Fondation moins pertinente.

Pour une stratégie de financement durable, cette distinction est essentielle.

Un programme de financement qui disparaît doit être retiré de la liste de priorités d’un candidat. Une fondation stable qui modifie son modèle de candidature doit rester dans cette liste, mais le candidat doit adapter sa manière de l’approcher.

Évaluation finale

L’Oréal, AXA et Allianz illustrent parfaitement pourquoi la philanthropie d’entreprise ne peut pas être réduite à une seule catégorie appelée « subventions ».

Le Fonds L’Oréal pour les Femmes est le dispositif qui se rapproche le plus d’un programme international classique de financement d’ONG. Il propose un soutien pluriannuel, bénéficie d’un engagement financier important jusqu’en 2030 et finance des organisations travaillant directement avec des femmes et des filles vulnérables. Sa difficulté réelle se trouve dans les détails : taille minimale de l’organisation, seuil de 50 000 euros, plafond de 30 pour cent et exclusions pouvant rendre inadmissibles certains projets pourtant pertinents dans les domaines humanitaires ou de défense des droits.

AXA propose des financements scientifiques beaucoup plus importants, mais fonctionne par l’intermédiaire des universités et des organismes publics de recherche. Le chercheur reste au centre du projet, mais l’institution contrôle l’accès à la compétition. La sélection interne, la mobilité, l’intégration transdisciplinaire, la coproduction avec des acteurs non universitaires et un budget réellement consacré aux parties prenantes peuvent être aussi importants que l’idée de recherche elle-même.

La Fondation Allianz possède la voie publique de candidature la moins prévisible des trois, mais cela ne doit pas être confondu avec une faiblesse financière. Son capital, le soutien de long terme d’Allianz SE et l’expansion de son portefeuille témoignent d’une institution philanthropique durable. Les possibilités évoluent simplement d’un appel général annuel vers des partenariats stratégiques, des manifestations d’intérêt et des mécanismes spécialisés consacrés aux villes, à l’information et aux arts socialement engagés.

Pour les candidats, la leçon principale est de regarder au-delà du montant maximal.

Une subvention de 250 000 euros n’est pas réellement une possibilité de 250 000 euros si elle ne peut financer que 30 pour cent du budget. Un programme scientifique de 1,5 million d’euros n’est pas une subvention individuelle si le chercheur ne peut pas présenter sa candidature sans nomination de l’université. Une fondation disposant d’importantes ressources financières n’est pas un concours ouvert si elle identifie actuellement la majorité de ses partenaires de manière proactive.

Les organisations et les chercheurs qui ont le plus de chances de réussir sont ceux qui comprennent ces règles avant même de commencer à rédiger leur candidature.